Où sont elles ces filles aux corps minces et souples qui peuplaient, le soir venu, les dancings de la Place du Marché, à Sihanoukville : ont-elles eu le temps de devenir des grand-mères à la peau usée par le soleil ou se sont-elles évanouies dans le Nacht und Nebel jaune sorti de l'imagination hystérique de Pol-Pot ?
   Nous montions les voir le soir venu depuis le port, empruntant une de ces carrioles tirées par des motos et qui, à travers la forêt, nous amenaient jusqu'à la ville. La rusticité du transport nous enchantait.
   Depuis le bas de la place nous entendions les flonflons des orchestres jouant une musique occidentale teintée de trémolos d'orient. Nous entrions dans les dancings et les filles aux corps souples nous accaparaient. Régulièrement la musique d'occident était interrompue par un autre rythme, celui-la propre aux Cambodgiens. Alors les couples se défaisaient et, à la queue leu leu, chacun tournait autour de la piste en moulinant plus ou moins gracieusement des bras, avançant lentement avec des inflexions des jambes tandis que le tronc s'incurvait à gauche puis à droite, au rythme de la musique.
   J'avais cru comprendre, phonétiquement, que cela s'appelait le lampton.

Pierre Escaillas.

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