Pierre Escaillas : Carnets de la Licorne

Messageries Maritimes ( la Licorne ): petites scenes de vie d'un marin au long-cours dans les annees 60-7O. Abécédaire Maritime. Marine dans l'Antiquité.

14 mai 2007

IL Y A VINGT CINQ SIECLES, NECHAO INAUGURAIT LE CANAL DE SUEZ.

mirage

Non. "Tout simplement" un navire phénicien, grec ou encore egyptien, remontant depuis la côte sabéenne, chargé d'aromates, de bois rares et de pierres précieuses, peut-être d'or et de topazes d'Orphir et regagnant la Grèce ou les côtes phéniciennes par la nouvelle liaison maritime qui vient de s'ouvrir entre Arsinoë et Péluse, entre la mer Rouge et la Méditerranée.

Quinquireme of Nineveh from distant Ophir,
Rowing home haven in sunny Palestine,
With a cargo of ivory,
And apes and peacocks,
Sandalwood, cedarwood, and sweet white wine...

a écrit John Masefield. (Voir Débarcadères, http://debarcaderes.over-blog.com/).

Le projet de réunir les deux mers était dans l'air depuis longtemps : on l'attribue généralement à Sésostris ( Ramsès II ) qui règna sur l'Egypte entre 1279 et 1213 et imagina de relier par un canal la branche pélusiaque du Nil (la plus orientale) et le lac Timsah puis, de là, creuser pour atteindre les lacs Amers et creuser à nouveau afin de rejoindre la Mer Rouge à Arsinoë, bourgade proche de l'actuelle Suez. Sur une partie de son parcours ce canal devait donc emprunter le chemin que suivrait bien plus tard celui de Ferdinand de Lesseps ...
Dans Le Moniteur universel du samedi 3 août 1867, Théophile Gauthier écrivait : "La pensée de Sésostris vient d'être reprise par M. F. de Lesseps et complétée avec la hardiesse que comportent les puissants moyens de la science moderne".
La pensée de Sésostris s'était certainement amusée en route puisqu'elle avait mis 3.000 ans pour parvenir jusqu'à Ferdinand.

Ramses_II_Memphis
Memphis. Ramsès II. Photo P.E.

Les grands travaux de Nechao II.

Le canal de Bubaste au lac Timsah.
Le canal resta longtemps à l'état de projet et il fallût attendre Néchao II (voir catégorie "
NECHAO")pour que les travaux dépassent enfin le stade de l'ébauche.
Le canal reliant le Nil au lac Timsah fut creusé en suivant une dépression empruntée dans des temps reculés par les eaux du fleuve et connue sous le nom d'Ouadi Toumilat. Partant de Bubaste (à proximité de l'actuelle Zagazig) il rejoignait Pithom : Hérodote écrit que ce canal creusé par Néchao II passe par Patumos. La vieille cité et ses entrepôts furent retrouvés et rendus au jour en 1883 par l'archéologue suisse Edouard Naville. Depuis Pithom la voie d'eau atteignait le lac Timsah légèrement au sud de l'endroit où est implantée aujourd'hui Ismaïlia.


CANAL_DE_SUEZ_DANS_L_ANTIQUITE

J.-M. Le Père, Ingénieur des Ponts et Chaussées et savant membre de l'expédition de Bonaparte en Egypte, écrit dans son Mémoire sur la communication de la mer des Indes à la Méditerranée : "Le 3 janvier 1799, étant à Belbeys, il (le général Bonaparte) voulut aussi reconnaître l'autre extrémité du canal; il se porta jusqu'à dix lieues dans l'Ouàdy-Toumylât, où il en retrouva de nouvelles traces sur plusieurs lieues d'étendue. Le vif intérêt que le général Bonaparte montrait dans ces diverses reconnaissances, était un témoignage de son désir d'avoir des résultats plus précis "...
De nos jours d
es traces de ce canal restent encore visibles entre Saft-El-Hinna et Ismaïlia.

Le percement du seuil du Sérapéum.
Le seuil du Sérapéum est un plateau rocheux assez bas (20 mètres en moyenne) d'environ dix kilomètres de long et situé entre les lacs Timsah et Amers.

serapeum

Lorsqu'on sait qu'il fallut près de trois ans, de 1864 à 1866,  l'aide de huit dragues et d'importants moyens de deblaiement pour que les équipes de F. de Lesseps puissent venir à bout de cette portion du canal actuel, on imagine les difficultés rencontrées par les terrassiers de Néchao!
Une bonne partie des cent vingt mille ouvriers qui périrent au cours de ces travaux (c'est le chiffre avancé par Hérodote pour l'ensemble des travaux du canal sous le règne de Nechao) ont du trouver la mort dans ce passage du Sérapéum. Le chiffre de ces pertes, s'il est exact, paraît énorme : je sais que le port du casque n'était pas obligatoire et les consignes de sécurité rudimentaires, mais plus d'un mort par mètre de canal creusé, c'est vraiment beaucoup.

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21 mars 1864. Passage du Sérapéum.Photo www.diplomatie.gouv.fr

Des lacs Amers à Arsinoë.
Les travaux de creusement du canal furent certainement plus aisés dans cette partie de l'isthme que dans le Sérapéum car le niveau des sols était peu élevé par rapport à celui de la mer Rouge. Depuis le petit lac Amer le canal débouchait au fond du golfe de Suez à un endroit que Strabon nomme Phacusa  devenu  Tell-Fakus et maintenant Faqus. En 1798, étant à Suez, le général Bonaparte "se porta au nord dans l'espoir de retrouver sur la plage, au fond du golfe, les vestiges de l'ancien canal. Il retrouva en effet la tête de ses digues, peu sensibles à leur naissance, à cause des sables qui l'ont comblé dans quelques parties : il en suivit les traces sur environ cinq lieues; c'est là le terme de ses vestiges, parce qu'à cette distance il débouche dans le bassin des lacs amers ... La largeur du canal, qui varie sensiblement, a dû être de 35 à 40 mètres à la ligne d'eau. Sa profondeur varie davantage, le lit étant encaissé, à quelques endroits, de 4 à 5 mètres, y compris la hauteur des digues" (J.-M. Le Père, cité plus haut).
Cette description relativement récente et digne de foi est intéressante car toute trace a maintenant disparu et elle a le mérite de clarifier les allégations des anciens géographes qui ne s'accordent pas toujours sur les caractéristiques de ce canal. Il faut dire qu'ils l'ont vu à des époques différentes : d'après Hérodote deux trirèmes pouvaient passer de front (rames levées ?) et Strabon (à l'époque de Ptolémée) lui donne 100 coudées de large (50 mètres) tandis que Pline lui accorde 100 pieds (30 mètres) de large et une profondeur de 40 pieds (12 mètres) !. Même en tenant compte des déblais de la tranchée cette affirmation semble exagérée. En réalité la largeur du canal a dû être d'une trentaine de mètres en moyenne (ce qui est déjà un exploit) pour une profondeur minimale de deux mètres.
La durée du parcours est estimée à quatre jours par Hérodote.

 
Les successeurs de Néchao

Darius est-il tombé sur la tête ?
Mais le canal s'ensablait et un siècle après Néchao, Darius Ier, roi de Perse et maître de l'Egypte, reprenait le chantier.
En 1866 Charles de Lesseps, frère de Ferdinand, découvrait près de Kabret, à environ cent trente kilomètres de Suez, une stèle de granit rose comportant un texte gravé en hiéroglyphes et démotique et appelée "stèle de Darius". On peut y lire : "
Ce fleuve fut creusé comme je l'avais ordonné et les vaisseaux partis de l'Egypte naviguèrent sur ce fleuve jusqu'à la Perse ... Ensuite j'ai dit : Allez et depuis Bera qui est au milieu de son parcours jusqu'à la mer, détruisez le canal !".
Creuser pour reboucher : Darius est-il tombé sur la tête ?

stele_de_darius
Stèle de Darius. Le Louvre/Iran. Photo http://www.insecula.com/oeuvre/photo

Selon Diodore, le niveau de la mer Rouge paraîssant supérieur à celui du delta, Darius craignait d'inonder l'Egypte ou de polluer l'eau du Nil. Strabon dit de même. Ainsi prenait corps une légende selon laquelle le niveau de la mer Rouge serait plus élevé (de plusieurs mètres) que celui de la Méditerranée qui perdurera jusqu'au milieu du XIXème siècle (les adversaires du projet de Ferdinand de Lesseps en tireront même argument ...). Il faudra attendre le nivellement effectué en 1847 par Talabot pour y mettre fin. Avec Bourdaloue, il démontre que le niveau des basses eaux du Nil au Caire est supérieur de 13 mètres au niveau des basses mers en Méditerranée et en mer Rouge (cette dernière étant quand même en moyenne plus élevée de 0,80 mètres que la Méditerranée). Il n'y avait donc aucun risque d'inonder l'Egypte.
Dans son ouvrage "Mille ans de navigation au long cours chez les Anciens", le capitaine de vaisseau de Sagazan propose une explication aux craintes de Darius de voir l'Egypte envahie par les eaux de la mer Rouge : après l'apport d'eau initial dans les lacs jusqu'à un nouveau point d'équilibre, il fallait un apport d'eau continu pour l'y maintenir. Mais cette alimentation en eau depuis le Nil et la Mer Rouge était défectueuse car
primo, le niveau du Nil était sujet à des variations saisonnières,
secundo, les marées du golfe de Suez asséchaient pendant plusieurs heures l'extrémité sud du canal.
A marée montante se produisait un violent appel d'eau qui, conjugué à l'étroitesse du canal, avait pu faire croire à la supériorité du niveau de la mer Rouge.
Autre inconvénient, ce courant aspirait les vases du golfe de Suez, obstruant ainsi le canal.

La porte de Ptolémée-Philadelphe.
Le canal est rouvert sous le règne de Ptolémée-Philadelphe (285-246). Pour éviter l'envasement et craignant toujours l'inondation il fait mettre en place une porte-écluse (euripe) à l'entrée sud du canal. Elle doit permettre, d'après Strabon de "passer aisément" du canal à la mer et vice-versa. Dès lors, le canal n'étant plus alimenté que par les eaux du Nil, il fallut l'approfondir et la porte ne pouvait être ouverte qu'au moment ou le niveau du canal et celui de la marée coïncidaient. L'hiver, les basses eaux du fleuve interdisaient tout trafic.

Trajan et Hadrien.
Durant la domination romaine, dans les années 120-130 après J.-C., Trajan et son successeur Hadrien augmentèrent la section du canal, relevant ainsi le niveau de ses eaux et permettant une utilisation plus aisée de l'ouvrage. Par la suite les travaux d'entretien furent délaissés et le canal s'obstrua à nouveau.

On ferme ! ...
Lors de la conquête musulmane, Amrou rétablît la liaison entre les deux mers. Paulin Talabot signale que certains auteurs arabes prêtaient à Amrou l'intention de creuser un canal direct entre la Méditerranée et les lacs et il ajoute :"Cette assertion prouve que les Arabes savaient à quoi s'en tenir sur les niveaux relatifs".
La navigation entre les deux mers resta ouverte jusqu'au moment où le calife El-Mansour (762) fît combler ou laissa s'ensabler la partie sud de l'ouvrage.
Le canal des pharaons fermait définitivement.

guizeh
Photo P.E.

Bibliographie.
Mémoire sur la communication de la mer des Indes à la Méditerranée. J.-M. Le Père. (Description de l'Egypte).
Mille ans de navigation au long cours chez les Anciens. Cap. de Vaisseau de Sagazan.
Quelques sites.
http://www.gallica.bnf.fr/
http://www.diplomatie.gouv.fr
http://www.nimausis.com/talabot/Talabot10.htm
http://www.napoleon.org/fr/hors_serie/suez/html-content/historique/txt-019.html

Et toujours "Débarcadères, les Poètes du Voyage Maritime" :
http://debarcaderes.over-blog.com

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13 avril 2007

LE PLUS MERVEILLEUX PERIPLE DE L'ANTIQUITE.

nechao
Image http://www.lehistoire.net/Navire-de-commerce-Egyptien-ancien

     " La Lybie est assurément entourée d'eau. Néchao, roi d'Egypte, est le premier à notre connaissance à l'avoir établi. Lorsqu'il eut achevé les travaux du canal qui conduit les eaux du Nil au golfe arabique, il fit partir des Phéniciens sur des vaisseaux avec l'ordre de rentrer par les colonnes d'Hercule dans la mer Septentrionale et de regagner l'Egypte."

                                                                                                          
Hérodote .


NECHAO II

               Néchao II, pharaon de la XXVIème dynastie, régna sur l'Egypte entre 610 et 595 av. J.-C.
Durant les cinq premières années de ce règne il partit à la conquête de l'Est, defaisant Josias, le roi des Juifs, à la bataille de Megiddo. S'élançant alors vers l'Euphrate pour investir Babylone il est arrêté par  Nabuchodonosor qui lui inflige une lourde défaite à Karkemish en 605. Néchao se replie  sur ses terres d'Egypte et, de là, regarde vers la mer qui va lui apporter ses deux plus grands titres de gloire :

nechao_ii

La réalisation, 2500 ans avant Ferdinand de Lesseps, d'une voie navigable Méditerranée - Mer Rouge et surtout l'organisation du plus merveilleux périple de l'antiquité : le tour de l'Afrique.

LE PERIPLE AFRICAIN

          Et Hérodote poursuit : " Les Phéniciens s'étant donc embarqués dans la mer Erythrée (mer Rouge) naviguèrent dans la mer Australe. Quand l'automne fut venu, ils débarquèrent et semèrent du blé, ils attendirent ensuite le temps de la moison puis, après la récolte, ils reprirent la mer...Ils doublèrent au cours de la troisième année les colonnes d'Hercule et revinrent en Egypte. Ils racontèrent à leur retour qu'en faisant voile autour de la Lybie ils avaient eu le soleil à droite".

          Hérodote avait recueilli ses renseignements auprès des prêtres rencontrés lors de son voyage en Egypte, cent cinquante ans après le règne de Néchao, le souverain qui avait décidé de lancer autour de l'Afrique une expédition composée de trois navires menés par des Phéniciens, maîtres dans l'art de la navigation à cette époque, auxquels devaient se joindre des pilotes arabes pour la première partie du périple.

pentacontere_grecque
http://www.lehistoire.net/Pentacontere-Grecque-600-av-J-C

L'expédition appareilla d'Arsinoë (Suez) vers la fin de l'été de manière à se retrouver début décembre dans l'océan Indien et profiter ainsi de la mousson favorable de nord est. On ignore le type des vaisseaux utilisés : navire de commerce ou pentacontère grecque ou encore birème phénicienne ?, mais on peut imaginer des navires venus de Méditerranée par le canal récemment mis en service.

bireme_phenicienne
http://www.lehistoire.net/Bireme-Phenicienne

           Depuis Arsinoë les trois navires entreprirent la lente descente de la mer Rouge : la navigation se faisait de jour, rarement la nuit. Chaque soir ou presque il fallait trouver un mouillage abrité ou un port connu :  Albus Portus ou Philoteras (Kosseïr), Sefaga (80 km au sud d'Hurghada), l'île d'Ophiousa qui deviendra Bérénice Toute en Or (de nos jours Ollaki), Darate (Port-Soudan), Souakim un peu plus au sud, Adulis (Massaoua), Malao proche de "notre" Djibouti, Mundis (Bandar Hais), Mosyllum (Ras Hantara).

carte_mer_rouge

Par sauts de puce l'expédition dût atteindre et doubler le promontoire Eléphant (Gardafui) début décembre et entreprendre sa descente le long de la côte Aromatique avec ses escales d'Opone (Ras Hafun), de Bénadir aux îles Pyralées (Patta) pour atteindre l'île de Ménuthias ( Pemba ou Zanzibar), réputée riche et verdoyante, vers la fin décembre.

la_cote_aromatique

Avant de plonger vers l'inconnu l'expédition dût faire des vivres et toutes sortes d'approvisionnements, s'attardant à Ménuthias ou, environ deux jours de mer plus bas, à Raphta, dans la région de l'actuelle Dar es Salam.
Là s'arrêtaient la science des pilotes arabes et la Côte Barbarique soumise aux rois Sabéens qui commerçaient avec les "barbares" de la région.

Le voyage avait été jusqu'alors de routine pour les pilotes arabes qui fréquentaient cette côte orientale de l'Afrique régulièrement. Mais les choses allaient changer car l'expédition s'engageait maintenant dans une mer et le long de côtes inconnues, sans savoir si elle pourraît renouveler ses provisions d'eau et de vivres : permettraient-elles d'atteindre les Colonnes d'Hercule comme l'avait prescrit Néchao ?
Certains disaient qu'au sud de Raphta la côte s'infléchissait vers l'ouest et menait à la Mer Brève ( l'océan Austral) pour atteindre un cap nommé Prasos (cap Corrientes). Lentement l'expédition sortit du Canal de Mozambique : la température fraîchissait, souvent la mer était grosse et les vents contraires.
Vers le début d'avril nos explorateurs longèrent une côte montagneuse et aride. La température tombait toujours. Perplexité chez nos marins : bien que, pour eux, on fût au début du printemps le temps était automnal et bientôt, ce qu'il fallait bien considérer comme un hivernage s'imposa.
Il est fort probable qu'ils recherchèrent un îlot ou une presqu'île facile à défendre face à d'éventuels ennemis et aux bêtes sauvages.

...à suivre ....      et toujours  http://debarcaderes.over-blog.com/


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LE PLUS MERVEILLEUX PERIPLE DE L'ANTIQUITE (suite).

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Les navires furent échoués à la côte, nettoyés et remis en état. Un camp s'établit mais le problème des approvisionnements restait crucial : s'ils avaient mis huit mois pour atteindre ce qu'ils pensaient ( à juste titre ) être l'extrêmité sud de l'Afrique, il en faudrait à nos hardis navigateurs au moins autant pour remonter vers les Colonnes d'Hercule. Et en ajoutant à celà la durée de l'hivernage, le prochain ravitaillement ne pourraît avoir lieu avant 12 à 14 mois. Que faire : renoncer à la mission ? Il était préférable de ne pas y songer...
Restait une solution : hiverner et semer une partie de leurs provisions de blé en espérant une éventuelle récolte.

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Et, en effet, avec le printemps austral le blé leva et en décembre vint le temps des moissons et du battage. Alors, les denrées embarquées et le beau temps revenu, l'expédition reprît sa route et en janvier les navires doublèrent un cap aux hautes falaises. La côte était maintenant orientée vers le nord et des vents favorables favorisaient la marche des navires. Ils longèrent une côte aride et bordée de dunes (la Namibie) avant de trouver un littoral verdoyant, humide et chaud. Le soleil était au zénith au milieu de la journée.
Mais la côte s'orienta vers l'ouest et longtemps les marins la suivirent sans même pouvoir aborder : une barre grondante d'écume en interdisait l'accès. Enfin la terre se dirigea à nouveau vers le nord et début juin ils atteignirent l'embouchure d'un grand fleuve.
Les vents tournèrent au nord et il fallut remonter à la rame le long d'une terre désertique. Epuisés et desespérés les navigateurs  réussirent à rejoindre un des comptoirs tyriens les plus sud de l'époque, probablement Essaouira. Ils devaient franchir les Colonnes d'Hercule en septembre, plus de deux ans après avoir quitté Arsinoë. Et d'étape en étape dans des lieux où l'on parlait leur langue ils atteignirent Carthage où ils firent le récit de leur périple aux autorités locales incrédules.
Mais il fallait mettre en route à nouveau et rejoindre l'Egypte. Ce qu'ils firent pour atteindre, épuisés et en nombre réduit, le port de Canope (situé à proximité de la branche la plus occidentale du Nil : la branche canopique) dans la seconde quizaine d'octobre : ils avaient donc mis 25 ou 26 mois pour accomplir cet exploit.

Néchao les croyait perdus. Ils accueillit donc avec joie les chefs de l'expédition, faisant noter leur récit par les scribes. Ces hommes furent fêtés par la population mais certains beaux esprits de l'époque mirent en doute leurs dires.      
Et il fallut attendre 2.000 ans et Vasco de Gama pour que le cap de Bonne Espérance soit officiellement contourné.

Aucune preuve matérielle de ce périple n'a jamais été découverte : ni inscriptions, ni trace quelconque. De plus les Phéniciens étaient généralement très secrets quant à leurs voyages et leurs découvertes.
Aussi depuis cette époque la controverse n'a jamais cessé : Polybe était sceptique et Bougainville hésitant, parît-il. Plus récemment Wheeler a affirmé la réalité de ce périple. Il en va de même pour le Capitaine de Vaisseau de Sagazan dans son ouvrage Mille ans de navigation au long cours chez les Anciens dont le texte ci-dessus s'est largement inspiré. Enfin il ne faut pas oublier A. et N. Gil-Artagnan qui ont refait en deux ans le même voyage sur un navire le plus proche possible de ceux de l'époque de Néchao. Hérodote nous la joue "faux derche" : Et ils racontèrent (les marins) des choses peut-être croyables pour d'autres mais incroyables pour moi, entre autres, qu'en tournant autour de la Lybie, ils avaient le soleil à leur droite. J'y crois, j'y crois pas, mais croyez moi quand même...


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