10 septembre 2006
LES MESSAGERIES MARITIMES AUX TERRES AUSTRALES
TERRES AUSTRALES
N'as tu pas comme moi rêvé, enfant, devant ton atlas grand ouvert à une de ses pages les plus remplies d'azur, de cette lointaine et pourtant nôtre, antarctique et française, Kerguelen?
...Ici description succinte de Kerguelen : climat entre polaire et désertique, montagnes séléniques, ouragan permanent.
Valery Larbaud. Le gouverneur de Kerguelen.
Entre 1955 et 1973, le M/S Gallieni, de la Cie des Messageries Maritimes, assura, pour les Terres Australes et Antarctiques Françaises les missions de transport et de relève sur les bases australes tout en menant, parallèlement, des campagnes techniques et scientifiques pour le compte de l'Institut de Physique du Globe , de l'Institut Français du Pétrole et autres organismes.
23 août 2006
CAP AU SUD
22 novembre.
Quitté Marseille hier soir. Départ houleux, mais nous sommes partis.
Depuis quelques jours, la pancarte en bois aux lettres blanches sur fond noir était accrochée à l'échelle de coupée :
M/S GALLIENI
APPAREILLAGE : 21.XI / 22H00
POUR : Terres Australes (TAAF)
Pour les promeneurs qui passaient par là, elle devait avoir un petit goût d'aventure, cette pancarte, une sorte de remake de Tintin et Milou s'embarquant sur l'AURORE du Capitaine Haddock à la recherche de l'étoile mystérieuse.
Pour nous elle était plutôt l'annonce de quelques mois de navigation agitée dans les Quarantièmes rugissants et les Cinquantièmes hurlants.
Hier, en matinée, dernières emplettes en ville : savons, rasoirs, brosses à dents, briquets, chaussettes, enfin tout ce que l'on trouve difficilement sous ces latitudes.
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22 août 2006
LE M/S "STATE OF KERALA"
25 novembre.
Au large du Maroc. Nous nous trainons péniblement à 11 ou 12 noeuds. Les températures de l'air et de l'eau grimpent.
Montage de la "piscine" que le Bosco installe sur l'arrière du château milieu : quelques panneaux de bois bien étayés, un prélart, une manche à eau de mer lestée sur le fond. Le trop-plein se fera au roulis. Bientôt les lourdes chaleurs : il fera bon alors faire le phoque dans ce bassin.
5 décembre.
ZSW/ Walvis Bay Radio retransmet une demande d'assistance médicale du STATE OF KERALA, cargo indien dont un membre d'équipage aurait des problèmes cardiaques. Nous avons un médecin des T.A.A.F à bord. Demi-tour car le STATE OF KERALA est plus nord que nous.

Photo Pierre Escaillas. Le State of Kerala débarque son malade.
Deux heures plus tard nous embarquons le patient par un mât de charge depuis l'embarcation dans laquelle il a été amené, ceinturé sur sa civière. Infarctus : il est à l'infirmerie avec le médecin.
Cette nuit les elèves-officiers, dispensés de quart, le veilleront à tour de rôle.
.7 décembre
L'Indien est mort dans la nuit. Nous débarquerons son corps à l'arrivée au Cap.
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21 août 2006
CAPETOWN
Capetown, 8 décembre.
L'équipage malgache de complément, les journaliers, embarque et s'installe dans ses quartiers, sous le gaillard avant : ce n'est pas l'endroit le plus confortable du bord, surtout au tangage...et il risque d'y en avoir !
Une grande caisse contenant un hélicoptère est déposée sur le quai. Le dessus enlevé et les quatre côtés rabattus, l'Alouette II apparaît : sans queue ni pales, ce n'est qu'une grosse bulle de plexiglas posée sur deux patins. Aussitôt, les mécaniciens de l'Armée de l'Air qui nous accompagnent s'affairent au montage.
Capetown, 10 décembre.
Ce matin, grand raffut sur les quais : l'hélicoptère s'élève de sa boite et, après un tour d'essai au dessus des bassins, vient se poser sur son aire minuscule, à l'arrière du navire.

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20 août 2006
EN ROUTE POUR CROZET.

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14 décembre.
En route vers Crozet, nous faisons une courte escale devant l'île Marion pour y déposer une mission sud-africaine : plateau rocheux vert, tout vert comme de la Normandie, mais sans les pommiers. Peu avant l'appareillage du Cap, on nous a signalé qu'un petit voilier français, le DAMIEN, un côtre de dix mètres, avait quitté Capetown le 3 pour Crozet puis l'Antarctique. Rien vu pour l'instant.
16 décembre.
Ca roule dur : grande houle d'ouest qui vient soulever la hanche du GALLIENI et je trouve cela très inconfortable. Dans les carrés les violons* sont à poste.
*Violons : sortes de boites en bois verni comportant des ouvertures de la taille des assiettes et des verres et fixées aux tables. C'est leur lointaine ressemblance avec la caisse et l'ouïe d'un instrument à corde qui leur vaut cette appellation. Il furent remplacés par des cerclages en inox, plus légers et moins encombrants.
18 décembre.
Arrivée à Crozet (Ile de la Possession) au milieu d'un festival d'orques chassant les manchots qui se déplacent dans l'eau à la vitesse d'un boulet de canon. Au centre de la zone de chasse, le DAMIEN, le petit voilier arrivé peu avant nous. L'Alouette emporte déjà le courrier à la mission qui n'a vu personne depuis huit, neuf mois.

Manchots, Damien et Gallieni. Photo Pierre Escaillas
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19 août 2006
CROZET.
19 décembre.
A terre et émerveillé.
La roquerie de dizaines de milliers de manchots royaux fait un bruit épouvantable. Les animaux couvent , déambulent drôlement en claudiquant ( quelle disgrâce par rapport à leur nage si fluide observée hier !), se battent à coups d'ailerons ou chassent les chionis qui cherchent à voler les oeufs.
Et tout cela sous le regard indifférent des éléphants de mer aux grands yeux ronds globuleux et qui muent dans leurs bains de boue, tonnes de graisse empilées aux baillements nauséabonds.
Je suis arrivé au milieu d'eux par hélicoptère, sur la plage qui est utilisée pour le débarquement du matériel amené depuis le GALLIENI sur de grands radeaux remorqués par la vedette du bord.

La plage de débarquement, vue hélico. Photo P.Escaillas

La plage de débarquement. Photo Pierre Escaillas
Curieux les manchots approchent. Je leur tire le portrait et, cabots, ils semblent poser.

photo Pierre Escaillas
J'ai du mal à les quitter mais je dois rejoindre la base perchée plus haut : pour cela j'utilise le petit téléphérique qui sert à monter le matériel depuis la plage. C'est une sorte de grosse caisse à savon dans laquelle je me tiens assis : rudimentaire mais efficace. L'attelage ne vogue pas très haut et le sol est spongieux : cela me rassure...

Vue prise depuis le téléphérique. Photo Pierre Escaillas
Déjeuner à la base dans une de ces baraques Fillod en tôle colorée mais très bien isolées. Repas excellent et copieux...et bien arrosé. Retour par le petit téléphérique puis la vedette du bord depuis la plage jusqu'au GALLIENI au mouillage.
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18 août 2006
TOUJOURS A CROZET...
20 décembre.
La table est bonne là-haut : j'y retourne. Je paye mon écot en aidant à tamponner les nombreuses enveloppes timbrées destinées aux collectionneurs. Entre le tampon "Paquebot-mixte GALLIENI, Missions aux Iles Australes", le "Courrier posté à bord - Posted aboard", le cachet "Archipel des Crozet, T.A.A.F" et enfin le dateur, il reste à peine assez de place pour l'adresse.
Lors de la prochaine escale, nous pourrons mettre en service les enveloppes premier jour du bi-centenaire de la découverte des Iles Crozet par Marion-Dufresne le 24 janvier 1772.

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17 août 2006
EN ROUTE POUR KERGUELEN
24 décembre.
Route sur Port-aux-Français, Kerguelen. Très gros temps.
25 décembre.
Hier soir, réveillon de Noël secoué : il a fallu remettre en place les "violons" pour retenir la vaisselle sur la table. Aujourd'hui le vent est tombé mais la mer reste grosse. Repas moins acrobatique ou alors je m'habitue.
27 décembre.
Arrivée à Port-aux-Français. Habillés en moines, les hivernants de la base sont venus nous accueillir à notre arrivée sur rade. Certains sont là depuis un an, isolés. Libations nombreuses.
Les marchandises commencent à débarquer immédiatement, par hélicoptère,
par radeau,
ou...par leurs propres moyens.
28 décembre.
Journée à terre. Grosse base : constructions "en dur" et baraques Fillod. Le premier batiment construit, tout en bois, subsiste. Il est affecté à la Météo. Visites rapides à la station radio, au garage, au site astronomie, à la ferme et à la météo en passant par le restaurant où je déjeune (bien).
Michel Laloy, un hivernant, m'apprend à chevaucher les éléphants de mer : et un...

Photo Pierre Escaillas
et deux...
Chez tous, une immense envie de parler, de voir de nouvelles têtes. Rencontré aussi les deux navigateurs du DAMIEN (décidément, on ne se quitte plus), sympathiques et pas "grosse tête" du
tout, calmes et sereins.

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COUP DE VENT.

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30 décembre.
Hier à terre. Promenade autour de la base, au milieu des troupeaux d'éléphants de mer et des lapins sauvages qui pullulent.

Un "pacha" (entre 2 et 3 tonnes...). Photo X

Le bel indifférent. Photo Pierre Escaillas.
Un vent violent se lève soudain. Réussi à regagner le bord par hélicoptère juste au moment où la navire virait sa chaine et quittait un mouillage qu'il ne pourrait probablement pas tenir.

Port aux Français. Photo T.A.A.F.
Nous sommes un peu abrités de la houle dans l'est de l'île moins du vent toujours violent.
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L'ILE SAINT-PAUL.
7 janvier.
Un autre navire est au mouillage près de nous : c'est le SAPMER, gros cargo transformé pour la
pêche à la langouste.

photo Pierre Escaillas.
Nous nous rendons à terre avec la vedette du bord et débarquons à l'intérieur du cratère à l'endroit même où, en 1930, pèrirent quatre des "oubliés de Saint-Paul", décimés par le scorbut. Déposés là pour pêcher et mettre en conserve les langoustes dont regorgent les fonds, ils avaient été "oubliés" pendant neuf mois par leur employeur. Je traverse des empilements de couvercles de boites de conserve soudés les uns aux autres par la rouille.
L'environnement est plutôt sinistre. Je ne sais si les vestiges de l'usine en sont resposables, mais je ressens une impression d'étouffement et d'emprisonnement. Pourtant, tout autour du cratère, il y a des sources d'eau chaude, des gorfous sauteurs qui se jettent à l'eau depuis les rochers et même un pâle soleil : il fait doux et , comparé aux rigueurs d'en bas c'est presque le printemps !
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