Pierre Escaillas : Carnets de la Licorne

Messageries Maritimes ( la Licorne ): petites scenes de vie d'un marin au long-cours dans les annees 60-7O. Abécédaire Maritime. Marine dans l'Antiquité.

20 novembre 2006

Bonjour,

    Bonjour et merci de votre visite. Un léger problème technique me contraint à différer la suite des aventures d'Ulysse pendant quelques jours ( 4 ou 5, pas plus ).
A bientôt.

Pierre Escaillas.

Mais Débarcadères reste en service  :  http://debarcaderes.over-blog.com/

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23 octobre 2006

LETTRE A ULYSSE.

L'ODYSSEE.

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Lettre à Ulysse.

Mon Cher Ulysse,

Depuis bien longtemps vous me faîtes rêver.
Nos routes maritimes parfois ont été les mêmes, parfois se sont croisées. A trente cinq siècles d'intervalle bien sûr mais lorsqu'on navigue pour l'éternité - je parle de vous, bien entendu - qu'est-ce que trente cinq siècles ?
Oui comme vous j'ai vogué de Messine à Bonifacio ( Il y avait même des Lestrygons à bord, beaucoup plus doux qu'à votre époque ), de l'Hellespont à Cythère, du pays des Lotophages jusqu'à la grotte de Calypso, frolé Ithaque, visité les Iles d'Eole. Je joins d'ailleurs une carte afin que vous puissiez constater par vous même.
Mais j'aimerais refaire votre périple en entier et d'une seule traite cette fois ( En raccourcissant quand même un peu certaines escales ). J'ai toujours dit : "Un jour je m'offrirai l'Odyssée". Il est grand temps que je m'en occupe et dès cette semaine je dresse les plans du voyage ici même.

Merci encore, mon Cher Ulysse de m'avoir tant fait rêver et veuillez croire à mon souvenir admiratif. Je pense que vous ne verrez aucun inconvénient à ce que je remercie également Homère.

Pierre Escaillas.

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_____________ routes d'Ulysse
  ___  _  ___  _  mes routes   

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L'ODYSSEE : LE BATEAU.

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      Je ne desespère pas : un jour je m'offrirai "L'Odyssée". Attention, pas n'importe laquelle. Je veux celle qui m'a tant fait rêver, celle dont parlent depuis des siècles les exégètes d'Homère. L'Odyssée qui m'entrainerait vers les Iles Feroë ou l'Islande, certains auteurs sont allés jusque là, ne m'intéresse pas. Pas plus que cette Odyssée réductrice, celle de Tim Severin, où Ulysse ne sort pratiquement pas de la Mer Egée. Non, je veux celle de Strabon, de Bradford, de Butler, des Bérard père et fils et, plus récente celle de Jean Cuisenier : "Le Périple d'Ulysse".
Et d'abord, je veux la faire dans l'ordre, de Troie à Ithaque.
Ensuite, le bateau : très important le bateau. Il ne sera pas trop gros. Cent à deux cents passagers, pas plus, de quoi avoir quand même un bon échantillonnage pour choisir ses compagnons de voyage.
Celui-ci me paraît intéressant, non ?

 

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Clic/image pour agrandir

C'est Le Levant, quatre vingt dix passagers, cinquante membres d'équipage. Je ne suis pas chargé de faire la publicité de la Compagnie des Iles du Ponant, mais leur navire me plaît bien. Je l'ai vu construire à Saint-Malo et il a commencé sa carrière il y a tout juste huit ans, pour La Route du Rhum, comme aujourd'hui.

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Je réserve la cabine 502, pont Bougainville. Spacieuse, proche de la piscine, je crois que j'y serai bien. Et surtout pas de G.O tapant dans les mains pour m'accueillir.
Le plan avance : j'ai un bateau et même une cabine.Je puis poser ma valise.
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L'ODYSSEE : LE BATEAU, suite.

L'ODYSSEE

      Je l'ai déjà dit : je ne veux pas de G.O tapant dans les mains pour m'accueillir à bord. Non, je veux du service : un personnel stylé, veste blanche, col officier et épaulettes torsadées et colorées. Je n'irai pas jusqu'à exiger que le Maître d'Hôtel porte une "queue de morue" qui accentuerait pourtant encore un peu sa componction, quoique...

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      Le Chef barman sera un vieux de la vieille, celui qui sait tout et ne dit rien, plaisante discrètement et a du naître avec un shaker dans les mains.

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      Pas de clinquant : une salle à manger sobrement lambrissée. La lumière du jour y entre à profusion par les sabords de coque. Le soir, les grands rideaux tirés, l'argenterie et les cristaux étincellent à la lumière artificielle.

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L'ODYSSEE : ISTANBUL

L'ODYSSEE

       Oui, vous avez bien lu : Istanbul, quoique, personnellement je préfère écrire Istamboul. Ce "N" devant le "B" me choque. Et puis on dit Istamboul, pas Istambulle. Cela dit c'est le seul endroit que j'aie trouvé pour arriver par avion au plus près de Troie et pouvoir embarquer sur le bateau. De là nous irons au mouillage de Canakkale, à la sortie du détroit des Dardanelles. Troie se trouve à quelques dizaines de kilomètres de Canakkale et c'est donc du site des fouilles de Troie que j'entamerai mon Odyssée. 

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      J'ai posé ma valise sur le bateau et, puisque le navire n'appareillera qu'en fin d'après-midi, j'en profite pour aller me promener en ville. Je prends un guide et pas n'importe lequel : Pierre Loti. Nous nous connaissons bien et lorsque je vais dans la région de Paimpol ou sur les bords de la Charente il est toujours à mes côtés. Alors à Istamboul ...
L'avantage de l'immortalité c'est d'avoir le don d'ubiquité. Des quais de Galata je remonte donc vers l'Hôtel d'Angleterre où je sais qu'il a ses habitudes. Il est là et semble m'attendre :

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      Loti se change - c'est vrai que son attifement est peu pratique pour la balade en ville - et depuis son hôtel nous partons à pied vers le pont de Galata et le vieux "Stamboul", comme il aime à dire. Nous nous rendons d'abord au Grand Bazar qui n'a d'intérêt que par son architecture. Comme je sais qu'il s'intéresse à la photographie je tire son portrait : heureusement que je suis seul à le voir car avec son uniforme de Capitaine de Vaisseau il ne passerait pas inaperçu.

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      Puis, par les petites rues encombrées nous gagnons le Marché Egyptien ou j'achète des épices. Loti me fait remarquer que la vie a beaucoup augmenté ( je ne sais pas par rapport à quelle époque ) et c'est certainement vrai : dix millions quatre cent mille livres turques pour quelques sachets d'épices!

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Nous continuons notre promenade dans la vieille ville, déjeunant de poissons grillés sur le bord des quais. Je lui dis que j'aurais aimé déposer une fleur sur la tombe d'Aziyadé mais les cimetières sont trop loins, hors des remparts. Et puis retrouverait-il la sépulture de sa "chère petite" comme il dit ?
Il me raccompagne jusqu'à la coupée du navire et je lui promets d'aller lui rendre visite lors de mon prochain séjour dans la région de Rochefort.

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Concernant Pierre Loti je vous conseille vivement, hors ses romans, les ouvrages suivants :
  Pierre Loti, le pélerin de la planète. Alain Quella-Villéger aux Ed. Aubéron.
  Cette éternelle nostalgie - Journal intime de P. Loti : du même auteur en collaboration avec B.      
Vercier et G. Dugas aux Ed. La Table Ronde.

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L'ODYSSEE : EN ROUTE VERS ILION.

L'ODYSSEE.

  Au contraire d'Ulysse qui avait rejoint Troie depuis le sud nous allons nous y rendre depuis le nord. Et comme nous ne pourrons pas échouer notre bateau sur une plage proche de la vieille cité, nous rejoindrons le site...en autobus depuis Canakkale, petit port situé légerement au nord. Oui, je sais, cela ne ressemble pas vraiement à une épopée et le débarquement de cinquante passagers d'un autobus est quand même moins glorieux qu'une arrivée en pentekontore à cinquante rameurs.

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J'avais laissé Loti à proximité de son Hotel d'Angleterre et rejoint le navire accosté au quai de Pera. J'avais pris possession de ma cabine 502 comme prévu et installé mes affaires. Peu avant l'appareillage j'étais allé sur le pont. Les ferries rejoignant la rive européenne et l'Asie allaient et venaient sans cesse, croisant les gros navires en provenance de la Mer Noire ou s'y rendant depuis la Marmara.

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Lentement, le navire s'était éloigné des quais et nous avions pris notre route vers le sud.

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L'ODYSSEE : TROIE

L'ODYSSEE

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C'est l'Homme aux mille tours, Muse, qu'il me faut dire
Celui qui tant erra quand, de Troade, il eut pillé la ville sainte,
Celui qui visita les cités de tant d'hommes et connut leur esprit,
Celui qui, sur les mers passa par tant d'angoisses,
En luttant pour survivre et ramener ses gens.

Homère
L'Odyssée. Chant I.

Petit rappel...

     Pâris, fils du roi Priam, a séduit Hélène, l'épouse de Ménélas, roi de Sparte. Il l'enlève et l'emmène à Troie. Pour venger l'honneur de Ménélas, les Achéens (Grecs), menés par Agamemnon, font le siège de Troie. Après dix annnées de lutte et grâce au cheval de Troie, stratagème du rusé Ulysse, la ville est investie et incendiée.
Eh oui : l'Odyssée a pour origine une banale histoire de cocuage, comme au théâtre de boulevard... 

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Et me voici enfin à Troie. Je la situais en bordure de mer mais mon guide m'explique que depuis les temps odysséens la mer a reculé d'environ dix kilomètres ou plus exactement que les alluvions du Scamandre ont comblé la baie qui bordait la colline d'Hissarlik où la citadelle était bâtie.

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A l'entrée du site une curieuse évocation nous attend : un cheval de bois et de Troie tel qu'on peut le voir dans les films d'Hollywood ! Bon passons...Oui, je préfère celui là.
Nous passsons le cheval et escaladons la butte pas bien haute : une trentaine de mètres. Nous nous retrouvons au milieu des ruines que Schlieman avait commencé à dégager à partir de 1871 après qu'il eût identifié ce lieu comme étant celui où s'élevait la Troie antique.
Il y a plusieurs Troie empilées ou imbriquées les unes dans les autres. La plus ancienne bourgade remonte à 30 siècles avant J.-C. et celle qui nous intéresse en particulier est probablement Troie VII, bâtie à partir de 1250. Les archéologues ont relevé sur Troie VII des traces d'incendie montrant qu'elle a été détruite par le feu. Les vestiges de remparts, de portes et de tours montrent que la citadelle ou se trouvaient temples et palais dominait la ville basse entourée d'un fossé et de défenses en bois. 
Nous errons au milieu de ces ruines, silencieux, méditatifs. Oublié le vaudeville.

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Bien plus tard, la nuit déjà tombée nous rentrons à Canakkale et rejoignons le bateau.
Le navire lève l'ancre alors que nous sommes à table. Il n'y a rien à voir dehors. On entend, venant de l'avant, le bruit du guindeau qui remonte lentement la chaine d'ancre. Un bref silence, puis une légère vibration indique que nous sommes en route. Nous quittons Troie pour suivre la route d'Ulysse.

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L'ODYSSEE : RAZZIA CHEZ LES KIKONES

L'ODYSSEE

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En partant d'Ilion, le vent qui nous portait nous mit sous l'Ismaros,
Au pays des Kikones.
Là, je pillai la ville et tuai les guerriers et lorsque, sous les murs,
On partagea les femmes et les richesses, je fis si bien les lots
Que personne en partant n'eut pour moi de reproches.

L'Odyssee. Chant IX.

pays_des_kikones

        Lentement, dans la nuit, notre navire a fait route vers Ismaros, l'ancienne Maronia, au pays des Thraces. Ce peuple allié des Troyens occupait un territoire couvrant l'actuelle Bulgarie et le nord de la mer Egée. Farouches guerriers, agriculteurs mais aussi artisans et fins orfèvres*, les Thraces avaient fourni à Troie de nombreux contingents. Il est probable qu'Ulysse espérait un raid surprise et un butin riche tant en victuailles qu'en enlèvements féminins. C'était sans compter avec les soudards de ses équipages :

J'aurais voulu que nous songions à fuir du pied le plus rapide; mais ces fous refusèrent.
Le vin qui se but là ! et les moutons qu'on égorgea sur cette plage ! et les vaches cornues
à la démarche torse ! cependant qu'à grands cris, nos Kikones couraient appeler leurs
voisins.......Plus denses qu'au printemps les feuilles et les fleurs, aussitôt ils arrivent

Perdant  six hommes, Ulysse et ses douze croiseurs réussissent à fuir la fureur des Kikones et à embarquer leur butin . Maron, le Grand Prêtre d'Ismaros, ayant été bien traité, leur a offert ( peut-être un peu forcé ?) du vin en outres qui sera plus tard bien utile à Ulysse pour ennivrer le Cyclope Polyphème. Ce vin fameux devait être mouillé à vingt fois son volume pour être consommable !

Nous sommes arrivés tôt face à Ismaros après une traversée de nuit depuis Canakkale.

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Nous descendons à terre mais rien ne subsiste de cette époque. Il paraît que l'ile de Thasos, située au sud d'Ismaros est plus riche en vestiges de l'époque d'Homère (pas de celle d'Ulysse) : un temple de Poseïdon, un autel à Zeus, un autre temple à Athéna et un troisième à Apollon. Mais nous n'irons point jusque là et rentrerons sagement déjeuner à bord sans prendre d'indigènes en otages, nous contentants de quelques bouteilles de vin de Thrace ( que nous payerons ).

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* Se tient actuellement au Musée Jacquemart-André une expositio sur l'orfevrerie antique en Thrace.

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L'ODYSSEE : ULYSSE DANS LA TEMPETE.

L'ODYSSEE

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Mais, nos vaisseaux en mer, Zeus, l'assembleur
des nues, nous déchaîne un Borée aux hurlements d'enfer...

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      Nous avons quitté Ismaros hier en fin d'après-midi. Tôt ce matin, petit-déjeuner vite pris, je suis sur le pont : nous suivons la route d'Ulysse, cap au sud. Lui était pris dans une violente tempête de Nord. Pour nous la mer est calme, l'air limpide et la clarté lumineuse.

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      Nous croisons la route de la flotte d'Agamemnon qui, depuis Troie, avait traversé la mer Egée. Prise elle aussi dans la tempête nombre de ses navires furent jetés à la côte de l'île d'Eubée.
Toujours pas de tempête pour nous et nous nous glissons dans le détroit de Boro. A tribord, éclairés par le soleil déjà haut à l'est, la roche et les écueils d'Eubée. A babord, l'île Andros.

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       Nous suivons la côte attique comme pour rejoindre Athènes, doublant le cap Sounion et son temple dédié à Poseïdon. C'est donc de là-haut qu'Egée, parce que son fils Thésée avait tout simplement oublié de hisser ses voiles blanches ( Ariane lui avait tourné la tête...Ach, l'amour...) signifiant qu'il avait vaincu le Minotaure, s'était jeté dans la mer qui devait prendre son nom.

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Puis nous infléchissons notre route pour aller frôler Egine.
Au large du Péloponèse je vais prendre mon déjeuner (léger, car je ne veux pas m'endormir dans mon transat) sur le pont piscine. Là-bas, entre mes pieds calès à dix heures dix sur la rembarde, je regarde défiler la côte. Sparte doit se trouver à environ soixante kilomètres entre mes chaussures. Quand je pense que le belle Héléne y fut ramenée depuis Troie : elle n'a pas du s'amuser tous les jours, l'infidèle ! Nous atteignons le cap Malée, extrémité sud du Péloponèse. L'apéritif est l'heure du flirt. Il a lieu au large de Cythère : prometteur.
Nous sommes toujours sur la route d'Ulysse. Lui ne flirtait pas, poussé par la furie des vents de Nord qui l'entrainaient vers le pays des Lotophages.Nous sommes sur une mer d'huile et notre galère est un palace.

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L'ODYSSEE : CHEZ LES LOTOPHAGES.

L'ODYSSEE

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Alors, neuf jours durant, les vents de mort m'emportèrent sur
la mer aux poissons. Le dixième nous met au bord des Lotophages,
chez ce peuple qui n'a, pour tout mets, qu'une fleur.
Odyssée, Chant IX.

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      Mais qui sont donc ces Lotophages, mangeurs de lotus ?
      Repoussé du Cap Malée par la conjonction des vents et des courants qui l'écartent également de Cythère, voici Ulysse en haute mer, en route pour une destination hors des limites du monde connu.

Le_Monde_Grec_Archa_que

Homère ne nous aide pas beaucoup : tout ce que nous savons c'est qu'en neuf jours, poussé par des vents de nord est, il doit atterrir en Afrique du nord, vers la Lybie ou le rivage des Syrtes, la Tunisie actuelle.
Victor Bérard et bien d'autres voient l'escadre d'Ulysse prendre terre à Djerba, distante de 600 milles de Cythère. Ils auraient pu tout autant arriver du côté de Gabès. La géographie d'Homère est vraiement trop succinte, au moins pour cette escale.
Allez, nous irons à Djerba.

Le_Monde_Hom_rique

      Deux jours de mer et de repos complet sur la vaste bleue et, au matin du troisième, Djerba nous apparaît dans son berceau de brume ausitôt que paraît l'aurore aux doigts de rose.
Nous irons nous promener sur l'île plate, couverte de dattiers et d'oliviers, voir le retour des pécheurs d'éponges et la Tour des Crânes élevée paraît-il autrefois par les Turcs avec les têtes de 1500 prisonniers espagnols: rien de bien homérique là-dedans.

Je dus les ramener de force aux navires, tout en pleurs,...et les ligoter...

Et chacun ira de son idée sur les fameux lotos qui, consommés par les éclaireurs d'Ulysse, les avaient mis dans un état tel qu'il ne voulaient plus reprendre la mer mais rester au milieu des Lotophages : des dattes, du haschich ? Jean Cuisenier, dans son "Périple d'Ulysse" évoque le nympheo coerulea qui permet de provoquer des états d'extase dus à la présence d'alcaloïde à effet narcotique. Mais il est question également d'un autre lotos : le Zizyphus lotus, arbuste des pays arides, répandu de la Lybie au Maroc...et dont la douce saveur rappelle celle de la datte. Hérodote dit d'ailleurs que les Lotophages en font du vin. Cette plante est toujours utilisée dans la médecine traditionnelle pour ses propriètés sédatives et analgésiques

     Puis, comme Ulysse et ses compagnons, mais sains de corps et d'esprit, il nous faut rembarquer pour aller rendre visite à Polyphème le Cyclope...

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