Pierre Escaillas : Carnets de la Licorne

Messageries Maritimes ( la Licorne ): petites scenes de vie d'un marin au long-cours dans les annees 60-7O. Abécédaire Maritime. Marine dans l'Antiquité.

24 janvier 2008

O comme O.F.M.I. , objet flottant mal identifié.

abecedaire

OFMI


Sur "Marine Inconnue" ( http://marine-inconnue.blog.20minutes.fr/) Thierry Bressol nous entretenait ces derniers jours des O.F.N.I, ces objets flottants non identifiés, conteneurs, billes de bois ou madriers et autres objets en pontée perdus par les navires dans le mauvais temps et dérivant dangeureusement à la surface ou, pire encore, entre deux eaux. J'ai connu ces O.F.N.I mais aussi - une seule fois - des O.F.M.I, des objets flottants mal identifiés.
C'était durant l'été 198., à bord du ferry Duc de Normandie, entre Caen et Portsmouth, peu avant l'aube.
Deux joyeux drilles qui trainaient encore au bar ( fermé à cette heure avancée de la nuit ) pour épuiser leurs "réserves" informent le veilleur de nuit qu'ils venaient de voir deux corps tomber à la mer depuis le pont supérieur : deux hommes en jean et chemise blanche. Pas de précisions quant à la couleur des chaussettes.

Duc_de_Normandie

Le veilleur alerte aussitôt la passerelle et l'officier de quart actionne le poussoir "homme à la mer" affichant ainsi avec la précision GPS l'endroit et l'heure où il a été averti. De ce point, en suivant la trace de route enregistrée il sera possible de revenir sur nos deux baigneurs et - l'eau n'étant pas trop froide en cette saison - espérer les repêcher. J'envoie un message PAN (message d'urgence ) afin d'avertir les navires sur la zone ( ils sont nombreux sur le "rail" ) et Niton Radio/ GNI.
Le Duc de Normandie fait demi-tour et balaye les lieux au radar ( bien qu'avec ce moyen il y ait peu de chances de repérer un corps sur la mer même si elle est calme ) et au projecteur.

Un peu plus tard arrive un hélicoptère des Coast Guards. Nous avons l'habitude de les voir : ils viennent parfois faire un exercice. L'appareil se met à la hauteur du navire et un ardoisier, par la porte ouverte, indique le canal V.H.F de liaison. Le navire doit poursuivre sa route, même vitesse même cap et l'hélico descend par son treuil un homme jusqu'à la plage arrière. Ce dernier se détache, distribue quelques cartes postales estampillées Her Majesty Coast Guards puis repart comme il était venu.

 

Helico_coast_guards


Et je me souviens de cette fois où, un membre d'équipage ayant été averti durant la traversée du décès accidentel de son fils, les Coast Guards étaient venus l'hélitreuiller afin qu'il puisse prendre à temps un avion pour rentrer chez lui.
Comme nous l'hélicoptère ratisse la zone sans rien trouver.


normandie_shipper


Vers six heures du matin, le Normandie Shipper, un frêteur de la même compagnie et naviguant également sur la ligne Caen-Portsmouth nous signale par V.H.F : "Nous avons retrouvé vos naufragés : deux fauteuils de pont en plastique blanc dérivant de conserve...".
Le plus dur reste à faire : annoncer sur les ondes que nous avions mobilisé plusieurs navires, un hélicoptère et accessoirement perdu deux heures sur l'horaire minuté parce que des imbéciles avaient balancé deux chaises par dessus bord...

Et aussi "Débarcadères" : http://debarcadere.over-blog.com/ 

Posté par Pierre Escaillas à 19:35 - ABECEDAIRE MARITIME / O COMME O.F.M.I. - Commentaires [0] - Permalien [#]


15 janvier 2008

UN TOUR DU MONDE EN 150 JOURS (Suite 2)

pacifique

Et nous voici repartis pour une longue traversée du Pacifique, direction Tahiti.
Mer plate, bleue, d'un bleu un peu plus profond que le ciel. C'est le moment de mettre en place la piscine. Superbe piscine à débordement faite de planches et de bâches avec vue imprenable sur l'océan. Maîtres d'oeuvre, le bosco et le charpentier. L'hydro-jet : la manche à eau de mer qui alimente le bassin. Nous n'aurons pas de bain à bulles car le chef-mécanicien garde jalousement son air comprimé.

piscine_euphrate

  Entre les quarts chacun va mariner dans le bassin. Les bains de soleil se prennent sur le panneau de cale attenant. La belle vie, quoi...

Le vert agressif qui recouvre le sol de la station radio me déplaît. Je corrige celà en y peignant quelques marguerites blanches du plus bel effet. La porte extérieure de la station une fois ouverte j'ai, d'un côté la prairie, de l'autre la mer : on se croirait, les vaches en moins, sur la côte normande.

station_radio_euphrate

Je me demande quand même la tête que fera le prochain inspecteur radio qui viendra contrôler la station. Ceci ne devraît pas avoir lieu avant l'Australie et j'ai donc du temps devant moi pour profiter de mes fleurs. Je trouve ça vraiment du meilleur goût et je suis très content de mon oeuvre.

Heureusement que j'ai ces motifs de satisfaction car la commutatrice qui alimente le radar tombe en panne : induit coupé; irréparable à bord. Il faudra donc passer à travers l'arc des Tuamotu, peut-être de nuit, sans notre Decca 45. Les petits camarades de la passerelle ont intérêt à manier le sextant avec doigté et à ne pas se tromper dans leurs calculs nautiques. Je sens comme un léger vent de réprobation autour de moi.
Et puis, comme un ennui n'arrive jamais seul, il m'est impossible d'entrer en liaison avec Saint-Lys Radio, qui assure les communications en ondes courtes entre les navires et la France. On m'avait prévenu : il existe en plein Pacifique un "trou", qui peut durer quatre ou cinq jours, dans les liaisons avec la métropole. J'envoie le message demandant l'expédition d'une nouvelle commutatrice via une station californienne.

Vivement Papeete.

Je vous donne rendez-vous sur "Débarcadères, les Poètes du Voyage Maritime" :
http://debarcaderes.over-blog.com/   

Posté par Pierre Escaillas à 13:59 - Commentaires [1] - Permalien [#]

11 janvier 2008

LE TOUR DU MONDE EN 150 JOURS (Suite 1).

PANAMA.

photosscan0256

Traversée tranquille depuis Le Havre : beau temps, belle mer.
Nous sommes arrivés en fin d'après-midi et nous ne prendrons le canal que demain matin. Le navire à quai à Colon, nous décidons, un collègue et moi d'aller fouler le plancher des vaches et de nous dégourdir les jambes dans la vieille ville.


rue_bolivar

Alors que nous déambulons sous les arcades de la rue Bolivar, venant d'une étroite venelle perpendiculaire, une forme humaine  nous tombe dessus avec l'intention évidente de nous faire les poches. Je vois mon camarade s'écrouler sous le poids de l'assaillant qui deguerpit aussitôt, bredouille : les dollars sont dans les chaussures et les papiers d'identité dans une poche bien fermée. Les montres -  elles sont quasiment données ici - ne semblent pas l'intéresser puisqu'elles sont toujours à nos poignets. Plus de peur que de mal mais nous décidons de rentrer à bord. Il ne faut pas tenter le diable...

Le lendemain matin nous entrons dans le canal.

photosscan0258

Tiré et freiné à la fois par quatre tracteurs électriques à cremaillères, les "mules" de Panama, deux à l'avant et deux à l'arrière, nous franchissons les trois écluses de Gatun sous la direction du pilote américain qui vient d'embarquer avec son équipe de lamaneurs.

mule_canal_panama

Tout en douceur et en précision nous prenons de "l'altitude" : nous voici à 26 mètres au dessus du niveau de la mer. Et nous entamons notre route vers l'océan Pacifique. Lacs, jungle, montagnes, chenal creusé dans la roche (au prix de combien de morts !) : rien à voir avec le canal de Suez.


photosscan0257

A la nuit tombante, après avoir passé le sas de Pedro-Miguel, nous atteignons les deux dernières écluses, celles de Miraflores, qui vont nous ramener au niveau de l'océan. Le pilote nous fait alors un numéro digne de Lucky Luke : saisissant dans les poches-revolver de son pantalon deux torches de signalisation, il les fait virevolter pour les récupérer devant lui. Impressionnés nous lui demandons de nous refaire le coup de "l'homme qui tirait plus vite que son ombre" et il s'exécute de bonne grâce.

LUCKY_LUKE_PANAMA

Et, après être passés sous le "Pont des Amériques" qui va être inauguré en octobre 1962 pour relier enfin à nouveau les deux morceaux du continent séparés depuis le creusement du canal, nous atteignons le Pacifique pour entamer une longue traversée.

Pont_des_Am_riques_Photo_Wikipedia

A suivre...

Posté par Pierre Escaillas à 22:35 - MESSAGERIES MARITIMES : LE TOUR DU MONDE EN 150 JOURS. - Commentaires [1] - Permalien [#]
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