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Sandy Hook. "L'Illustration"

 

 

Voici, extraits de la revue "L'Illustration" (N°3872 et 3873 de mai 1917), quelques clichés du torpillage du "Sontay" pris par un passager anglais survivant : on peut imaginer dans quelles conditions ces photos ont été prises d'autant que notre photographe ne devait pas être équipé d'un  téléphone portable ou d'un mini appareil numérique !...

Le "Sontay", paquebot mixte de la Compagnie des Messageries Maritimes,avait été lancé aux chantiers de La Ciotat le 1er décembre 1907. Long de 141,35 mètres, il assurait à la vitesse de 13 noeuds la desserte de Saïgon et Haïphong depuis Marseille. Il pouvait emporter 45 passagers en 1ère classe, 194 en seconde et 718 rationnaires. Vous pourrez trouver quelques photos de ce navire sur le site de Philippe Ramona  http://www.es-conseil.fr/pramona/sontay .
En mars 1916 le navire avait été réquisitionné et militarisé à Saïgon afin d'assurer le transport de 2250 soldats russes de Dalny (proche de Vladivostock) à Marseille. Il avait été affecté ensuite au transport de troupes en Méditerranée et principalement sur Salonique, devenue la base arrière de l'Armée d'Orient.

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L'Illustration / Salonique, carrefour des races.

En avril 1915 des forces franco-anglaises avaient débarqué dans la presqu'île de Gallipoli afin de prendre à revers, à travers les Balkans, les armées austro-allemandes. Le débarquement fut un fiasco et les alliés se retirèrent sur la frontière nord de la Grèce avec Salonique comme base principale des armées alliées. Six cent mille hommes, britanniques, Serbes, Grecs et Français (300.000 soldats) prendront part à cette campagne qui fera 70.000 morts.

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L'Illustration

En avril 1917, le "Sontay", en provenance de Salonique et après avoir fait escale à Milo, faisait route vers Marseille escorté par les canonnières "Moqueuse" et "Capricieuse" lorsque le 16 à midi il fut torpillé par le sous-marin U33. La mer était grosse et la brise de N-O était fraîche.


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Torpillé, le SONTAY s'enfonce par l'avant.

Le navire s'enfonça rapidement par l'avant, là où la torpille l'avait atteint et coula en quelques minutes, engloutissant avec lui 49 personnes, militaires en permission et membres d'équipage ainsi que son commandant, le lieutenant de vaisseau auxiliaire Mages. 476 autres réussirent à gagner les embarcations et radeaux de sauvetage pour rejoindre les canonnières et y embarquer.


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Embarquement à bord des navires sauveteurs

 

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Et "L'Illustration" écrit : "C'est grace aux dispositions prises par le Cdt. Mages que le navire a pu être abandonné aussi rapidement....En rade de Milo, trois jours avant la catastrophe, il avait fait exécuter un exercice d'abandon général. A cet effet tous les canots de sauvetage avaient été mis à la mer et tous les pasagers, sans exeption, y étaient descendus. Il en était résulté, pour tous, une impression de sécurité qui a contribué grandement au calme et à l'ordre qui régnèrent au moment du torpillage....Le Cdt Mages avait pris aussi d'autres dispositions heureuses, telles que de disposer devant chaque embarcation des bouts de filins destinés à assurer l'évacuation rapide du personnel et de revêtir de bois les radeaux en fer galvanisé pour éviter qu'ils ne se défoncent en tombant à l'eau".


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Le Cdt. Mages

" Au moment où le navire allait sombrer, le Cdt. Mages se trouvait au centre, sur le pont promenade....L'eau avançant de plus en plus l'héroïque officier reculait vers l'arrière....Arrivé à l'extrémité, il monta sur la lisse et, levant sa casquette, cria : "Vive la France !". Puis il disparut".

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Notre grand oncle : René PICQ (à droite sur la photo), né le 4 octobre 1873, se trouvait à bord du SONTAY quand il a été torpillé. Il venait de Salonique et partait en permission suite au décès de son père.

Il nous a raconté de nombreuses fois son naufrage et c'est avec beaucoup d'émotion que je découvre ce récit qui recoupe ce que nous avons entendu. Il disait être resté dans l'eau accroché à des morceaux de bois, sans doute ceux qui équipaient les radeaux de sauvetage.

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Il y a un autre détail qui nous a beaucoup marqués quand nous étions enfants. Il disait qu'il y avait à bord du SONTAY des chevaux et des bovins. Quand ils se sont retrouvés à l'eau, les bêtes essayaient de monter sur les madriers qui flottaient et supportaient les naufragés. Mon grand oncle disait avoir crevé les yeux des animaux qui s'approchaient, à l'aide de son couteau, pour les éloigner.
Cet oncle habitait Vignes le Bas, commune de Neuffontaines, au nord de la Nièvre.

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L'Illustration, février et mai 1917.
Historique de la flotte des Messageries Maritimes. Cdt Lanfant. Ed Héraut, Cholet.

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