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Les navires furent échoués à la côte, nettoyés et remis en état. Un camp s'établit mais le problème des approvisionnements restait crucial : s'ils avaient mis huit mois pour atteindre ce qu'ils pensaient ( à juste titre ) être l'extrêmité sud de l'Afrique, il en faudrait à nos hardis navigateurs au moins autant pour remonter vers les Colonnes d'Hercule. Et en ajoutant à celà la durée de l'hivernage, le prochain ravitaillement ne pourraît avoir lieu avant 12 à 14 mois. Que faire : renoncer à la mission ? Il était préférable de ne pas y songer...
Restait une solution : hiverner et semer une partie de leurs provisions de blé en espérant une éventuelle récolte.

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Et, en effet, avec le printemps austral le blé leva et en décembre vint le temps des moissons et du battage. Alors, les denrées embarquées et le beau temps revenu, l'expédition reprît sa route et en janvier les navires doublèrent un cap aux hautes falaises. La côte était maintenant orientée vers le nord et des vents favorables favorisaient la marche des navires. Ils longèrent une côte aride et bordée de dunes (la Namibie) avant de trouver un littoral verdoyant, humide et chaud. Le soleil était au zénith au milieu de la journée.
Mais la côte s'orienta vers l'ouest et longtemps les marins la suivirent sans même pouvoir aborder : une barre grondante d'écume en interdisait l'accès. Enfin la terre se dirigea à nouveau vers le nord et début juin ils atteignirent l'embouchure d'un grand fleuve.
Les vents tournèrent au nord et il fallut remonter à la rame le long d'une terre désertique. Epuisés et desespérés les navigateurs  réussirent à rejoindre un des comptoirs tyriens les plus sud de l'époque, probablement Essaouira. Ils devaient franchir les Colonnes d'Hercule en septembre, plus de deux ans après avoir quitté Arsinoë. Et d'étape en étape dans des lieux où l'on parlait leur langue ils atteignirent Carthage où ils firent le récit de leur périple aux autorités locales incrédules.
Mais il fallait mettre en route à nouveau et rejoindre l'Egypte. Ce qu'ils firent pour atteindre, épuisés et en nombre réduit, le port de Canope (situé à proximité de la branche la plus occidentale du Nil : la branche canopique) dans la seconde quizaine d'octobre : ils avaient donc mis 25 ou 26 mois pour accomplir cet exploit.

Néchao les croyait perdus. Ils accueillit donc avec joie les chefs de l'expédition, faisant noter leur récit par les scribes. Ces hommes furent fêtés par la population mais certains beaux esprits de l'époque mirent en doute leurs dires.      
Et il fallut attendre 2.000 ans et Vasco de Gama pour que le cap de Bonne Espérance soit officiellement contourné.

Aucune preuve matérielle de ce périple n'a jamais été découverte : ni inscriptions, ni trace quelconque. De plus les Phéniciens étaient généralement très secrets quant à leurs voyages et leurs découvertes.
Aussi depuis cette époque la controverse n'a jamais cessé : Polybe était sceptique et Bougainville hésitant, parît-il. Plus récemment Wheeler a affirmé la réalité de ce périple. Il en va de même pour le Capitaine de Vaisseau de Sagazan dans son ouvrage Mille ans de navigation au long cours chez les Anciens dont le texte ci-dessus s'est largement inspiré. Enfin il ne faut pas oublier A. et N. Gil-Artagnan qui ont refait en deux ans le même voyage sur un navire le plus proche possible de ceux de l'époque de Néchao. Hérodote nous la joue "faux derche" : Et ils racontèrent (les marins) des choses peut-être croyables pour d'autres mais incroyables pour moi, entre autres, qu'en tournant autour de la Lybie, ils avaient le soleil à leur droite. J'y crois, j'y crois pas, mais croyez moi quand même...